Le mot alarme vient de l’italien all’arme (« aux armes »). Dès son origine, le signal d’alerte porte ainsi la trace de la guerre. Avec Al’armée, Camille Bleu-Valentin renverse cette histoire : transformer un appel au combat en un appel à la paix.
Dans le cadre de sa résidence CLEA 2026, l’artiste a travaillé avec une classe de l’école de Ribécourt-la-Tour autour de la sirène d’alerte, entendue chaque premier mercredi du mois. Les élèves ont réinterprété ce son en le chantant, le transformant collectivement en une matière vocale. Leurs voix ont ensuite été enregistrées et diffusées à travers un trombone.
Le choix de cet instrument n’est pas anodin. Ancien instrument militaire, le trombone servait autrefois à transmettre les ordres sur les champs de bataille. Ici, il a été martelé, tordu et déformé : il ne peut plus jouer sa fonction d’origine, mais il continue de porter des voix. À la fois sculpture et haut-parleur, il devient le témoin d’une violence transformée en espace de transmission.
Présentée au Beffroi de Cambrai, l’œuvre entre en résonance avec l’histoire sonore du lieu. Depuis le 6 mai 2026, la sirène d’alerte du Beffroi retentit à nouveau chaque premier mercredi du mois, après plus de dix ans de silence. Héritage des dispositifs de protection des populations face au danger, ce signal fait partie de la mémoire collective de la ville. Al’armée lui répond directement : sous le clocher d’où s’élève l’alarme, les voix d’enfants transforment le signal d’alerte en un message de paix.